Le Temps : Scholastique Mukasonga retrace l’odyssée d’un tambour sacré - See more at: http://www.scholastiquemukasonga.net/home/?p=4513&preview=true#sthash.qZs4wV3S.dpuf

Vous pouvez lire une critique de Isabelle Rüf publiée dans le quotidien suisse Le Temps sur mon dernier roman « Cœur Tambour » paru aux éditions Gallimard.

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Le destin d’une chanteuse africaine un peu chamane chez les rastas préfigure la tragédie de 1994

La tragédie du Rwanda a suscité des dizaines d’ouvrages – essais, récits, fictions. Ce qui caractérise les ouvrages de Scholastique Mukasonga, c’est le regard porté sur les prémices des massacres de 1994. Dans Notre-Dame du Nil (Prix Renaudot 2012), c’est dans un collège de jeunes filles que se préparaient l’exclusion puis l’extermination des Tutsis.
Volcanique

Cœur tambour est un triptyque, aux panneaux de taille inégale, dont la figure centrale est une reine mythique, sorcière ou bienfaitrice, Kitami, dite aussi Nyabingui. Au centre du premier tableau, une chanteuse africaine qui a fait, sous le nom de la reine, une carrière fulgurante aux Etats-Unis. Elle a fini sa vie en prêtresse, du type chamanique, dans sa propriété des Antilles, entourée de jeunes filles et de dévots. Après sa mort étrange – suicide rituel, meurtre, accident? –, l’éditeur de ses carnets retrace son parcours volcanique, à New York, en Angleterre ou en tournée dans les milieux rastafaris.

Ses concerts sont des transes au cours desquelles elle chante en langues, ou dans un sabir syncrétique. Elle est entourée d’un trio de tambours, un Jamaïcain, un Guadeloupéen et un Rwandais-Ougandais. Elle-même s’est enfuie d’Afrique en emportant un tambour rituel, dont elle seule comprend le «cœur», et qui sera l’instrument de sa mort. Dans le dernier volet, qui porte le nom de l’instrument, «Ruguina», un journaliste enquête sans succès sur cette fin.
Transe violente

Le tableau central, «Nyabingui», retrace à la première personne l’éducation d’une jeune Tutsie, dans un village du Rwanda. Une fille «solitaire et rêveuse» n’a pas sa place dans la société traditionnelle, elle éveille l’inquiétude de sa mère et la méfiance des voisins. L’école des missionnaires semble offrir une issue à une marginale aussi bonne élève que Prisca. Mais lors d’un concert de la chorale, son solo se transforme en transe violente et obscène. L’adolescente se découvre en réincarnation de la sorcière Nyabingui, autre nom de Kitami, tout en rêvant d’études poussées. Dans son village, elle est crainte et vénérée à la fois. Ses résultats scolaires lui ouvrent la voie de l’université, mais les quotas posés par les Hutus au pouvoir lui barrent la route. On lui impose un mariage avec un notable, et elle s’enfuit, avec le tambour sacré. On aura compris que la bonne élève deviendra la Kitami du premier volet.
Il est un peu difficile d’imaginer que la jeune fille angoissée devienne cette chanteuse souveraine et autoritaire. Mais le tableau du monde rasta est intéressant, et le récit de formation central, passionnant, rend un son véridique. Il augure des déchaînements de violence qui suivront bientôt.