le Blog Cultura

Le blog cultura – 14 février 2014 :

“Dès les premières images de massacres diffusées à la télévision en 1994, j’ai compris que le Rwanda était le théâtre d’un génocide. Tout de suite j’ai su que je devais garder, sauver à tout prix la mémoire de tous ces gens qui perdaient la vie tragiquement. Je me suis mise à écrire partout, à toute heure ! Au départ j’ai écrit pour ma famille, mes amis, mes enfants, sans penser à une éventuelle publication.

Dix ans après, j’ai trouvé la force d’affronter la réalité en retournant dans mon village au Rwanda. Là où j’ai appris à marcher, à danser, à chanter, il n’y avait plus rien, rien, que la brousse. Soudainement, j’ai eu terriblement peur que la mémoire s’efface. Il fallait que je rentre au plus vite en France pour retravailler mes écrits, les remettre au propre. En 2005 j’ai envoyé mon manuscrit notamment à Gallimard.

Très vite Jean-Noël Schifano a proposé de me publier dans la collection Continents noirs. J’avais vécu, pendant des années, dès mon plus jeune âge, dans ce camp de Nyamata où l’on avait regroupé les Tutsi, des choses si sombres, si négatives que je frôlais l’insensibilité pour échapper au désespoir. Quand le positif est arrivé, avec la publication d’un premier livre, j’ai appris petit à petit à accueillir cette petite étoile qui me disait : rien n’est tout noir ou tout blanc, on peut s’accrocher au mot « optimisme », tout n’est pas perdu.

Le Prix Renaudot m’a donné confiance dans ma vocation d’écrivaine. Ce premier roman m’a permis de goûter au plaisir de l’écriture sans souffrance. Je ne suis plus prisonnière du thème du génocide, même s’il est bien sûr au fond de mon inspiration. Je me sens libérée et prête à découvrir d’autres histoires. Mon exigence est de m’adresser à tout le monde, à tous les publics, simples ou intellos, de tous les âges, en servant une mémoire collective. Aujourd’hui je ne peux pas voir ma vie sans l’écriture.”

par Julie Dayon

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