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A lire aujourd’hui dans le journal Libération, mon billet: ‘De la «reforme» de «l’ortografe»’

Vous pouvez lire mon billet sur le site de libération.

Que de bruit ! Que de remue-ménage (non, mieux vaut écrire désormais, si j’ai bien compris, «remueménage»), les intellectuels, les politiques se déchirent, c’est grave : il s’agit, sans doute, de trouver enfin un remède au chômage, aux réfugiés à Calais ou en Grèce, à la loi El Khomri ?

Vous n’y pensez pas ; il y a plus important, il y a plus urgent, on veut réformer l’orthographe !

Alors, à mon tour, pourquoi pas ? Ecrivaine francophone, je me risque à quelques réflexions tout à fait modestes sur ce sujet brûlant.

Je note, tout d’abord, que la réforme de l’orthographe n’est pas imposée mais recommandée. C’est déjà un soulagement car on peut s’interroger sur l’intérêt qu’il y a à mettre des traits d’union entre, disons, «trente-et-un» au lieu de trente et un. On n’arrête pas le progrès !

Pour les accents circonflexes, pourquoi, en effet, ne pas les supprimer s’ils ne correspondent qu’à la relique étymologique d’un ancien «s» disparu comme dans «chastel» ou dans «mesme». De même, mettre les accents aigus et graves en accord avec la prononciation (événement devenant «évènement»), pourquoi pas ? Ce n’est pas bien grave.

Réformer l’orthographe, bien sûr, je n’ai rien contre si cela peut aider ceux qui écrivent le français mais les changements proposés me semblent si peu significatifs que je m’interroge sur l’intérêt de cette réforme et du brouhaha médiatique qu’elle semble susciter.

Pourquoi pas alors, si l’on veut simplifier l’orthographe, ne pas s’en prendre aux mots où l’on trouve «ph» sous prétexte que ce sont des mots savants tirés du grec. On pourrait écrire avec un simple «f» «filosofie», «foto», «farmacie» et en premier lieu «ortografe» !

Mais je crois que je vais laisser cela aux linguistes, aux professeurs et aux correcteurs de mon éditeur.

De toute façon, l’écrit ne reflète jamais exactement la prononciation. Ma langue maternelle, par exemple, le kinyarwanda, est une langue à tons, mais les tons ne sont pas marqués dans la graphie. Ainsi, le mot inda, selon le ton sur lequel on le prononce, peut signifier le «ventre» ou le «pou». Mais, évidemment, avec le contexte, personne ne s’y trompe.

Nous, les francophones, que le français soit notre langue maternelle ou que nous l’ayons acquis, comme moi à l’école, nous arrivons avec nos accents, notre couleur, notre culture. Et notre français est bien le français vivant. Nous aimons et défendons notre français tel qu’on le parle et on l’écrit à Paris, à Dakar, à Montréal, à Ouagadougou, à Port-au-Prince, un français comme devrait l’être la France, une langue d’accueil et de diversité.